Maintenant que j'ai suffisament évoqué ma passion pour les vieilles autos, passons un peu à la musique. C'est peut-être ici que je suis le plus moderne. Ne vous emballez pas : j'ai une préférence immense pour les années 80. Attention, on ne mélange pas les serviettes et les torchons : "Nuit de folie" ou Jeanne Mas ne font pas partie de mes favoris, loin de là, très loin même... Non, moi j'aime la qualité, les belles mélodies, celles qui vous mettent la pêche ou vous amènent la larme à l'oeil. Pas des standards ringards que l'on passe aux anniversaires...
Là aussi, histoire de ne pas s'étaler partout, je vais résumer ma pensée au groupe que je préfère le plus aux autres : Talk Talk. De nom, ça ne vous dit certainement rien. Si je vous dis "It's my life" ou "Such a shame", ça doit commencer à parler à ceux qui s'y connaissent un tantinet. Et si je vous dis que "It's my life" a été brillamment repris en 2003 par No Doubt et la célèbre chanteuse Gwen Stefani, là, normalement, vous devriez connaître.
Oui mais. Car il y a toujours un "mais" avec moi. Les deux titres cités sont certes deux grands succès très connus, mais, Talk Talk c'est plus que ça. N'allez pas vous imaginer que je tente de promouvoir un groupe qui n'existe plus et dont on ne se remmémore que deux titres, car Talk Talk, vraiment, mérite mieux que ça. C'est comme les Simca : une qualité haute et que du bonheur, mais injustement oublié. Là c'est pareil. Alors, on va faire bref.
Ce qu'il y a d'excellent avec Talk Talk, c'est que la musique évolue. Un premier album sort en 1982 : "The party's over". C'est pop, c'est rythmé, ça fleure bon les années 80 à grands coups de synthés et d'effets à la batterie. Bon, faut avouer, ça reste un peu bancal. Pas médiocre, non, l'on devine déjà les prémices d'un talent naissant et qui ne demande qu'à s'exprimer, l'album contenant ses petites perles. Non, c'est juste maladroit : c'est les débuts, c'est pardonnable ! Talk Talk est composé alors de quatre membres : Mark Hollis, né en janvier 1955, le chanteur. L'Anglais dans toute sa splendeur : on imaginerait presque la Mini Cooper et la tasse de thé. Paul Webb, né en janvier 1962, le bassiste. Physique de play-boy, il fait craquer les minettes. Lee Harris, né en juin 1962, le batteur. Cheveux longs... et idées courtes ? Que nenni, ce sera l'un des meilleurs batteurs de sa génération. Et un quatrième larron : Simon Brenner, le claviériste, qui ne restera que le temps du premier album.

Album "The party's over" (1982)
Dans ce premier album, quatre singles seront extraits : "Another word", "Mirror man", "Talk talk" et "Today". Ce sont surtout les deux derniers qui connaîtront un tout petit succès, et aussi leurs premiers clips ! "Talk talk" a connu deux clips différents : dans le premier, ils sont dans un espèce de labyrinthe métallique en train de jouer, dans le second, plus kitsch, ils sont dans un décor blanc dans une rue mal famée, où les passants sont baîllonnés et s'exprime en langage des signes. Ouais c'est space... Mais amusant. Quant à "Today", on suit les traces d'un petit garçon dans une grande maison où joue le groupe, qui semble chercher un échappatoire à ses cauchemars. Tous les clips se trouvent aisément sur You Tube ou Daily Motion, prenez le temps de les voir, c'est toujours intéressant.
En 1983, Simon Brenner quitte le groupe, qui souhaite plus de vrais instruments, et moins de synthés. En guise de pot de départ, si l'on peut dire, sort le très réussi "My foolish friend", qui ne figurera dans aucun album, mais gagnera un clip génial où les trois membres du groupes se font renvoyer de leur usine et tentent de vivre leur chômage comme ils peuvent.
Leur deuxième album sort en 1984 et il s'appelle "It's my life". C'est, à mon avis, l'album le plus intéressant pour qui souhaitent découvrir Talk Talk. Là aussi, quatre singles seront extraits : "Dum dum girl", "It's my life", "Such a shame" et "Tomorrow started". L'album est une évolution du précédent, ce qui sera le cas à chaque fois sans exception, le leader expliquant alors qu'à chaque nouvel album le tempo perdait une note pour gagner en qualité : ainsi, si l'on image, le premier album est sur un tempo à cinq notes, le second album sur un tempo à quatre notes, et ainsi de suite jusqu'au dernier album en 1991 qui sera sur un tempo à une seule note ! Quand je vous disais que ça évoluait pour de vrai, et le résultat est diablement intéressant.
Mais on va revenir à nos moutons. Les trois premiers titres auront leur clip. Deux versions pour "Dum dum girl" : un clip hilarant en deux prises (les deux versions) : cela se passe dans un champ écossais, le 13 juin 1984 très précisément, à 7h03. Précis ? Oui, c'est écrit en préambule du clip ! La première prise est à mourir de rire, Talk Talk claque un fusible et ça part en brioche total, en termes plus vulgaires : ils font sévèrement les cons pendant 5 minutes, et on en redemande ! La deuxième prise, à 7h13, est plus sérieuse et moins drôle, mais on sent quand même le vent de légèreté qui flotte !
Par rapport à leur précédent album et aux précédents clips, les Talk Talk se lâchent ! Fini les costumes blancs et les clips métaphoriques, maintenant, ça s'habille relax et les clips sont le théâtre d'un humour typiquement anglais. Pour le clip de "It's my life", seul le leader, Mark Hollis, apparaît : il est seul dans un zoo, et le clip montre pendant 4 belles minutes des images animalières avec, à chaque fois, un petit détail crayonné comme un dessin pour accompagner : pour ceux qui connaissent la chanson, le clip est tout aussi extra ! Vient ensuite le clip de "Such a shame". Ces deux titres-là poseront les pierres du succès, et le clip est excellent. Le groupe apparaît faussement sérieux et, tout au long du clip, Mark Hollis change de vêtements et d'expression du visage, pastichant ainsi les différents sentiments humains : joie, colère, tristesse, sérieux... c'est extrêmement drôle et bien foutu !
Album "It's my life" (1984)
Le troisième album de Talk Talk fait son apparition en 1986. C'est celui que je préfère. C'est le pont entre les deux premiers albums, joyeux et décalés, et les deux prochains, tristes et sérieux. D'un point de vue grand public, il faut du temps pour l'apprécier : autant "It's my life" s'écoute d'une traite sourire aux lèvres, autant "The colour of spring", titre du nouvel album, met plus de temps à faire son effet : c'est juste très mélodieux, très beau : la perfection. Curieusement, si l'on parle un peu en métaphores, les cinq albums pourraient représenter les cinq étapes de la vie d'un homme : le premier album pour l'enfance et le paradoxe entre les bonnes manières et les petites bêtises maladroites, le second album pour l'adolescence où l'on commence à grandir en maturité et en talent, tout en gardant son côté déluré et amusant, le troisième album pour l'âge adulte où le meilleur survient souvent, le quatrième album pour l'âge mûr et l'apparition du calme et de la sagesse, et le cinquième album pour la vieillesse, où l'on prend le temps de vivre et où chaque son se fait attendre pour durer plus longtemps, comme le serait un bon moment qu'on croirait être le dernier.
On revient à l'album, je sais que j'ai tendance à écrire beaucoup et que les rares lecteurs doivent avoir décrocher depuis longtemps, mais j'aime partager mes passions et ceux qui restent apprécieront la suite. Toujours quatre singles extraits : "Give it up", "I don't believe in you", "Life's what you make it" et "Living in another world". Et toujours trois clips : "Give it up" nous offre purement et simplement le visionnage de la chanson dans un concert londonien, où l'ambiance était particulièrement magique et où tout Talk Talk est résumé : les musiciens s'éclatent, le public aussi. Ca se voit, et ça fait plaisir à voir. "Life's what you make it" est mon clip préféré, tout comme la chanson. Le groupe joue de nuit dans une forêt sombre et enveloppée de brouillards, ils sont entourés d'animaux, un peu comme dans le clip de "It's my life" mais de nuit. C'est superbe et on ne s'en lasse jamais, sans compter que la chanson est ce qu'il se fait de mieux pour moi en terme musical. Comment décrocher la Lune avec simplicité. "Living in another world" renoue avec les clips légers et drôles du précédent album : ça commence pourtant proprement, chacun joue son instrument sans demander son reste, et puis brusquement le piano s'envole dans une bourrasque de vent et le leader se retrouve à jouer du piano et à chanter à l'envers, avec le bassiste et le batteur dans le piano en train, une fois encore, de faire n'importe quoi pour s'amuser.

Album "The colour of spring" (1986)
Vous aurez sûrement remarqué que les pochettes sont assez réussies : depuis le tout début, c'est un illustrateur talentueux du nom de James Marsh qui réalise chaque pochette, album et single. Après les visages mélangés du premier album et les pièces de puzzle du second, c'est au tour des papillons d'illustrer le troisième. Et le quatrième ? Original : des animaux aquatiques dans un arbre. Le quatrième album sort en 1988 et s'intitule "The spirit of Eden". Là, faut s'accrocher. L'album est d'une émotion gigantesque et d'une beauté incommensurable. C'est magnifique à écouter, c'est presque une symphonie : les sons et les mélodies virevoltent ça et là entre deux phrases torturées de Mark Hollis. Waouw. Les deux précédents albums avaient connu un grand succès, celui-ci sera un échec. Un échec car Talk Talk l'a choisi : le groupe ne veut pas tomber dans le marketing et la grande série, et le changement est radical : un vrai demi-tour ! Les critiques applaudiront et hurleront au génie face à ce nouveau style musical, que l'on pourrait qualifier de néo-jazz.
Le leader, Mark Hollis, savait que cet album ne marcherait pas mais s'arracherait des années après avec la redécouverte. Il avait vu juste. L'échec commercial était d'autant plus prévisible que Talk Talk ne voulait aucun single ni clip ! Bien évidemment, la maison de disques refusera et l'histoire se terminera devant les tribunaux ! Un single et un clip sortiront donc : "I believe in you". Il faut dire aussi que les trois premiers titres de l'albums n'en forment en fait qu'un et que le troisième titre est la suite du second, lui même continuant le premier. Le clip de "I believe in you" se passe dans une église et le groupe s'est assagi : vêtements, coiffure, musique... tout n'est que calme et volupté. La chanson, comme l'album, est magnifique, surtout que la chanson "I believe in you" est un hommage au frère de Mark Hollis, Ed, décédé d'une overdose en 1988 et qui semble réfuter le "I don't believe in you" sorti en 1986 du temps où la fête était de mise...
Album "Spirit of Eden" (1988)
Le cinquième et dernier album du groupe sort en 1991 et le titre est d'une ironie mordante : "Laughing stock". Entre-temps, depuis l'affaire "Spirit of Eden", Talk Talk a changé de maison de disques et Paul Webb a quitté le groupe, la place d'un bassiste dans un album où l'atmosphère règne avant tout sur quelques sons et quelques bribes de mots que l'on fait durer des minutes entières n'a plus lieu d'être. Pour être honnête, l'album est encore plus beau et plus émotionnel que "Spirit of Eden", mais aussi plus compliqué, il faut vraiment se prendre une heure et s'enfermer dans une pièce sans aucun bruit filtrant pour apprécier à sa juste valeur cet album. Pas de clip, mais trois singles sorti sous la forme d'un coffret original : la pochette de l'album faisant contraire au précédent : ce sont maintenant des oiseaux dans la mer, et le coffret de trois singles est en fait un puzzle : une fois les trois CD à leur place, cela forme un oiseau géant composé de dizaines de petits oiseaux différents en train de voler dans le ciel, ce sera : "After the flood", "Ascension day" et "New grass". Comme expliqué précédemment, après le thème d'une note, il y a zéro, et après la vieillesse, c'est la mort. Talk Talk finit donc sa carrière en 1991 d'une manière sublime.
Un best-of est sorti en 1990 : "Natural history", avec une pochette extra qui est un mix des quatre premiers albums : les visages, les papillons, les pièces de puzzle, les poissons et les oiseaux forment un visage ! À noter que ce best-of est ressorti cette année accompagné d'un DVD avec l'intégrale des clips : difficile à trouver dans le commerce, mais je l'ai acheté 15 € sur le net et ne regrette pas mon achat ! Talk Talk s'est terminé en 1991, mais deux albums sortiront en 1998 et en 2001, ne contenant que des inédits.
"Asides besides", sorti en 1998, est un double CD : le premier concerne les versions longues, les "maxis" comme on dit alors. Ce sont, en gros, des chansons rallongées de plusieurs minutes, pour faire durer le plaisr. Le deuxième CD concerne les inédits : des chansons sorties en face B des singles mais pas sur les albums, comme "My foolish friend" en quelque sorte. Quant à "Missing pieces" sorti en 2001, il ne contient que des inédits, ceux du tout dernier album, dans la veine de "Laughing stock" donc.
Best-of "Natural history" (1990)